L’or, stop ou encore!

Au moment où le métal jaune franchit de nouveaux sommets (5595$ l’once atteint fin janvier), la question revient avec insistance : jusqu’où l’or peut‑il monter ? Son ascension récente, à rebours de certains cycles économiques traditionnels, interpelle investisseurs et banques centrales.

Des performances impressionnantes, mais contrastées à long terme

La performance de l’or est exceptionnelle sur les 2 dernières années : +136% (GLD) contre « seulement » +44% pour le S&P 500. Sur le 20 dernières années, les performances de l’or et du S&P 500 sont très proches : 10.8% annualisé pour l’or (GLD) contre 10,9% pour le S&P 500.

Sur très longue période, la tendance s’inverse : depuis 1990, le S&P 500 affiche un rendement annualisé d’environ 10.75%, contre 7,3% pour l’or. Même si ce dernier domine sur plusieurs cycles courts, notamment en temps de crise, les actions gardent un avantage structurel grâce au rendement des dividendes et à l’effet de capitalisation des intérêts composés.

Les taux d’intérêt réels : le moteur principal des cours de l’or

Les taux intérêt réels (les taux d’intérêt nominaux moins l’inflation) restent le déterminant fondamental des cours de l’or. En effet, lorsque les taux réels chutent ou deviennent négatifs, l’or devient plus attractif car il ne souffre plus de son absence de rendement.

Les études montrent une corrélation inverse forte : une baisse de 1% des taux réels pourrait entraîner une hausse de 8 à 15% du cours de l’or. Mais l’or réagit autant aux anticipations d’inflation qu’aux taux réels eux‑mêmes, se comportant ainsi comme protection contre les « mauvaises périodes économiques ».

Or en hausse, monnaies en déclin : un siècle de corrélation inversée

Depuis le début du 20ème siècle, entre la crise de 1929 qui a provoqué l’explosion du système d’étalon change-or, les guerres qui ont poussé les grandes nations à suspendre temporairement la convertibilité de leur devise en or et finalement l’abandon du système de Bretton Woods en 1971, l’or a connu une revalorisation spectaculaire tandis que les monnaies fiduciaires se sont fortement dévaluées. En 110 ans, le dollar américain, a ainsi subi une dépréciation de 99% de son pouvoir d’achat, conséquence directe de l’expansion monétaire et des épisodes inflationnistes successifs. Cette dépréciation structurelle n’est pas propre aux États‑Unis : les politiques budgétaires expansives, l’endettement croissant des états et l’érosion de la crédibilité monétaire alimentent une défiance mondiale à l’égard des monnaies fiduciaires, renforçant mécaniquement l’attrait du métal jaune comme valeur refuge universelle.

Dévaluation des principales devises face à l’or

Le rôle croissant des banques centrales : diversification ou dédollarisation ?

Outre son utilisation dans l’industrie et la joaillerie, la demande d’or provient principalement des banques centrales. En effet, bon nombre d’entre elles renforcent leurs réserves depuis plus de 10 ans, mais la tendance s’est accélérée sur les 3 dernières années à un rythme de plus de 1 000 tonnes par an (plus du double de la moyenne de la décennie précédente). Ce chiffre porte le total d’or détenu par les banques centrales à 36.000 tonnes, proche du record à 38.000 tonnes atteint en 1965 pendant les accords de Bretton-Woods. Pour les pays les plus gourmands, la part de l’or représente près de 30% de leurs réserves. Cette frénésie d’achat s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où la dépendance au dollar est perçue comme un risque stratégique. Le phénomène s’apparente toutefois davantage à une diversification des réserves qu’à une dédollarisation pure. Les achats d’or par les banques centrales ne sont pas aléatoires, ils sont souvent liés à des contextes géopolitiques compliqués et à une stratégie de gestion des risques visant à renforcer la crédibilité financière de leur pays. En bref, les achats d’or constants et massifs par les banques centrales, bien au-delà des moyennes historiques, suggèrent une stratégie à long terme plutôt qu’une spéculation à court terme.

Alors, stop ou encore ?

Même si plusieurs forces structurelles militent pour une poursuite de la hausse, rien n’empêche les prises de bénéfice à court terme, comme en témoigne la chute vertigineuse de l’once d’or de près de -14% lors des 2 dernières séances boursières de janvier 2026.

La probabilité d’un cycle haussier durable reste élevée car (1) les banques centrales confrontées à des tensions géopolitiques et en quête de diversification sont durablement acheteuses, (2) l’environnement de taux réels bas est appelé à perdurer à travers les politiques inflationnistes, (3) l’endettement mondial est croissant, ce qui implique des politiques monétaires plus accommodantes à moyen terme, et (4) pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, une érosion continue des monnaies fiduciaires, contexte dans lequel l’or tire historiquement avantage. Certains analystes évoquent des cours de 10.000$ voire 20.000$ l’once.

Pour autant, l’or reste un actif volatile et sans rendement intrinsèque : dans des phases prolongées de croissance forte et de taux réels durablement positifs, il tendra donc à sous‑performer.

Privalux Management – 2026 – Catch THEMES ©