Tesla, BYD… compétition sous haute tension !

Deux acteurs dominent aujourd’hui le marché des véhicules électriques (VE). Tesla, qui, dans l’imaginaire actuel, fait office de pionnière après avoir démontré la viabilité des VE au quotidien avec son réseau de Superchageurs et BYD, constructeur chinois qui a su s’imposer grâce à une stratégie intégrée et agressive.

En 2024, Tesla a livré 1,79 million de voitures, en baisse de -1% par rapport à 2023, contre 4,27 millions pour BYD, qui connait quant à elle une hausse de +41% (dont 1,76 million de voitures 100% électriques). A titre de comparaison, Toyota, le plus grand constructeur mondial toutes catégories confondues, a vendu 10,87 millions de véhicules. La marge de progression pour les constructeurs électriques est encore grande…

BYD, créée en 1995, était un fabriquant de batterie avant de se diversifier dans l’automobile en 2003. La société est le deuxième producteur de batteries au monde avec 16% de parts de marché. Elle maîtrise l’entièreté de la chaine de production : allant des mines et du traitement des minerais jusqu’au développement des batteries elles-mêmes, des moteurs ou encore des logiciels. Cette capacité lui confère un avantage compétitif majeur en termes de coûts et d’approvisionnement. BYD produit non seulement ses propres batteries, mais aussi des composants pour d’autres constructeurs automobiles. En outre, BYD cible un large marché allant de l’entrée de gamme aux véhicules plus luxueux. Cette stratégie lui permet ainsi de conquérir des parts de marché en Chine, mais aussi en Amérique latine, en Europe et en Asie.

Plus connue sous nos latitudes, Tesla a bâti son succès sur l’innovation technologique et une image de marque premium. Son modèle d’affaires repose également sur une forte intégration verticale, notamment avec ses Gigafactories qui lui permettent de produire en grande partie ses propres batteries et composants. Cependant, l’entreprise reste fortement dépendante des marchés occidentaux, notamment des États-Unis et de l’Europe ainsi que des frasques de son fondateur Elon Musk, comme nous l’avons revu dernièrement !

La fée électricité, et les progrès de l’informatique, ont transformé les voitures en de simples « smartphones roulants ». La seule vraie contrainte actuelle reste donc l’autonomie. BYD vient d’annoncer l’utilisation d’une nouvelle technologie, les « batteries solides », dès 2027 dans ses VE. Ces dernières, dans lesquelles l’électrolyte placé entre l’anode et la cathode est un mince film de Lithium, devraient remplacer les batteries lithium-ion grâce à une densité énergétique trois fois supérieure et une plage de température d’utilisation plus élevée, d’où un moindre risque « d’explosion », avec, à la clef, un temps de recharge plus rapide. De plus, leur production devrait consommer moins de métaux, à l’image du graphite et du cobalt non utilisés au travers de cette technologie. Ceci réduirait alors l’empreinte carbone de 24%. Une batterie solide permettrait en même temps d’augmenter jusqu’à 80% l’autonomie ou alors d’abaisser le poids des VE en conservant la même autonomie. Mais, déployer cette innovation à grande échelle reste actuellement extrêmement coûteux. Très peu de sociétés peuvent relever ce défi. Dans ce contexte, BYD, qui fournit déjà des batteries à Tesla pour le Model Y, compte élargir la vente de batteries au-delà de ses propres véhicules.

En attendant 2027, les batteries BYD et Tesla actuelles proposent des caractéristiques relativement comparables avec un focus sur la sécurité, l’autonomie et la longévité pour BYD et sur la densité énergétique, la rapidité de charge et la performance pour Tesla. Chaque consommateur y voit ses propres préférences. Ces nouvelles technologies pourraient alors rebattre les cartes entre ces deux compétiteurs.

Soutenue par l’avènement de l’IA, l’autre révolution du secteur automobile réside dans la conduite autonome. Depuis longtemps, les véhicules Tesla sont dotés de systèmes connectés d’aides à la conduite (Autopilot et Full Self Driving). En revanche, leur prix a souvent été un frein pour les clients. En effet, ces options sont facturées plusieurs milliers d’euro à l’achat et impliquent un système d’abonnement qui génère d’ailleurs une part significative des revenus de Tesla. De son côté, BYD a, une fois de plus, jeté un pavé dans la marre en annonçant très récemment que l’ensemble de sa gamme allait être équipé de série du système d’aide à la conduite (God’s Eye) basé sur l’IA Deepseek.

S’il n’est pas évident de départager les sociétés au niveau de leur offre produit, il n’en est pas de même lorsque l’on considère l’investissement boursier qu’elles représentent. La capitalisation de Tesla est 7x supérieure à celle de BYD (USD 1.100 Mds vs. $150 Mds) pourtant le chiffre d’affaires 2024 de BYD est supérieur à celui de Tesla ($105 Mds vs $98 Mds). Même si le résultat net est de $9 Mds pour Tesla et $5 Mds pour BYD, l’évolution du cours de Tesla est de plus en plus éloignée de ses fondamentaux. Les bénéfices (EBIT) du constructeur américain du 4ème trimestre 2024 étaient 38% inférieurs aux attentes des analystes et, sur les 10 derniers trimestres, les résultats sont 80% inférieurs aux attentes. Pourtant, sur la même période le cours a progressé de près de 80%. Ceci se traduit par un ratio cours/bénéfice (P/E) de 112x ! Attention, il change très rapidement ces derniers jours puisqu’il atteignait 130x il y a quinze jours à peine. A titre de comparaison la moyenne des sociétés du S&P 500 affiche actuellement un P/E de 30x et BYD un P/E de 20x. Au vu de la détérioration des performances actuelles et futures, cet écart entre les deux sociétés ne peut se justifier éternellement. Il y a donc un risque élevé de retour à la moyenne pour les actions Tesla.

Pour 2025, les deux sociétés attendent chacune une croissance des bénéfices de près de 30%. A moyen-terme, la volonté de conquête de BYD est impressionnante. En 2024, BYD a vendu 417.000 voitures à l’étranger (soit une hausse de +72% de ses ventes). En Europe, après l’implémentation d’une première usine en Hongrie en 2026, la société compte en ouvrir une 2ème en Turquie pour marquer son ancrage sur le territoire. Ceci permet également au passage à BYD de contourner les taxes douanières. D’ici 2030, BYD conserve pour objectif de vendre 1 million de voitures électriques par an en Europe (soit 10% du marché) ! Dans le même temps les dernières frasques du patron de Tesla et son positionnement politique vont à l’encontre des clients de la marque, engendrant une chute drastique et vertigineuse de son carnet de commande dans le monde alors que ses clients se détournent franchement de l’image véhiculée par cet homme à l’approche violente.

Entre Tesla, dont le statut « Premium » peine de plus en plus à justifier les cours exorbitants de son action en bourse et un ogre chinois en pleine conquête mondiale, il y a fort à parier qu’un arbitrage consistant à vendre Tesla pour acheter BYD pourrait s’avérer payant à moyen-terme…

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